OPÉRATION BAGUAGE

19 Fév, 2019 | Actualité, Articles Caro | 0 commentaires

Le Centre de Recherches sur la Biologie des Populations d’Oiseaux (CRBPO) est l’organisme français de gestion du baguage en France pour toutes les espèces d’oiseaux. L’activité de baguage est avant tout un outil de recherche scientifique, quiconque souhaite baguer des oiseaux doit suivre un cursus bien particulier jalonné de tests et d’examens attestant du niveau du candidat. Les quatre grandes étapes de la formation pour devenir bagueur sont :
1. Connaitre les oiseaux et le baguage.
2. Faire valider la maîtrise des connaissances nécessaires.
3. Suivre le stage de formation théorique au baguage du CRBPO.
4. Suivre un stage de qualification de bagueur du CRBPO.
En 2013, vous vous êtes lancés dans ce long parcours de formation afin de devenir bagueur généraliste. Entre séances théoriques, stages pratiques, manipulations et mise en situation en condition d’examen, cette formation est particulière. Revenons sur votre parcours…

La rédaction : Bonjour Pascal BONNIN. Est-ce que vous pourriez vous présenter et nous dire pour quelles raisons vous avez souhaité devenir bagueur généraliste ?

PB : Je suis responsable du Service Technique de la FDC85, dans laquelle je travaille depuis une trentaine d’années. Dans ce cadre professionnel, j’ai toujours participé activement dès que l’opportunité se présentait aux programmes de baguage de l’ONCFS sur certaines espèces gibiers (Bécasse des bois, colombidés, Caille des blés…).
Par ailleurs, j’ai régulièrement pratiqué l’ornithologie en plus de mon activité professionnelle qui est quand même liée à la connaissance de l’avifaune. C’est tout simplement à l’occasion d’un stage que je me suis dit que l’activité de baguage pour toutes les espèces était accessible à une personne motivée ayant de solides connaissances en matière d’ornithologie. J’ai donc décidé de franchir le pas en accord avec le Président de la FDC85 et de ma famille puisqu’il a fallu faire quelques sacrifices.

La rédaction : A la lecture du programme de formation, pourriez-vous nous expliquer combien de temps vous a pris cette formation ? Quelles ont été les étapes les plus difficiles ? Quelles sont selon vous les qualités indispensables pour arriver au bout de ce cursus ?

PB : L’étape la plus longue est d’emmagasiner de l’expérience dans la pratique du baguage et de valider le carnet de formation. Ce référentiel comprend 4 niveaux qui doivent être validés pour chacun d’eux par deux bagueurs déjà titulaires de l’autorisation de captures. Pour remplir ce carnet de formation, il faut en moyenne 3 ans, en pratiquant l’activité aux 4 coins de la France pour avoir une bonne maitrise de l’ensemble de l’avifaune métropolitaine. En ce qui me concerne, j’ai commencé en 2013 et effectué 11 semaines complètes de stages ou de camps de baguage, plus une douzaine de jours en fonction des opportunités, la plupart du temps en dehors du temps de travail sur mes congés ou période de repos.
J’ai effectué, en novembre 2015, au Muséum National d’Histoires Naturelles (MNHN) à Paris, le stage de formation théorique au baguage qui permet de pouvoir se présenter à l’examen final dans les deux ans. L’épreuve de qualification se déroule sur une semaine combinant la pratique du baguage avec des épreuves de terrain et des épreuves plus théoriques en salle. C’est en Moselle au mois d’août 2016 que j’ai passé cette première échéance.
La première base est d’avoir bien sûr une maitrise parfaite de l’identification des oiseaux à vue puis en main, ceci pour les espèces communes de France métropolitaine. Il est évident que pour réaliser ce parcours, la motivation doit être extrême. L’humilité est également indispensable. Il faut se remettre régulièrement en question, constamment rechercher à améliorer ses connaissances y compris après l’examen lorsque le résultat est positif et que l’on devient bagueur généraliste. J’ai quand même un regret, c’est de ne pas l’avoir fait plus tôt !

La rédaction : Nous croyons savoir qu’il n’y a que très peu de bagueurs généralistes dans le réseau cynégétique français. A votre avis pourquoi ? Pensez-vous que cette nouvelle compétence puisse apporter aux Fédérations des Chasseurs ? Si oui, quoi en particulier ?

PB : Beaucoup de professionnels du monde de la chasse, de l’ONCFS ou des FDC sont des bagueurs spécialistes d’une espèce gibier ou d’un groupe d’espèces dans le cadre d’un programme d’études dit « programme personnel » et pilotés en général par l’ONCFS. Par contre, il est vrai qu’il y a très peu de professionnels des FDC qui sont bagueurs généralistes, à ma connaissance, nous sommes 4. Ils sont un peu plus nombreux parmi les personnels de l’ONCFS mais cela reste de l’ordre d’une vingtaine. C’est très peu quand on sait, qu’il y a près de 350 bagueurs généralistes en exercice en 2018 en France.
C’est dommage car beaucoup de mes collègues possèdent les bases ornithologiques. Je pense que les freins sont surtout liés à la disponibilité pour se préparer car nos métiers sont très prenants avec des horaires irréguliers. Il y a peut-être aussi des a priori liés à la méconnaissance du dispositif et à la forte proportion de bagueurs issus d’associations de protection de la nature.
Le monde de la chasse est également resté trop longtemps centré sur les problématiques « gibiers ». Sur ce point, les choses évoluent avec une prise en compte de la biodiversité dans son ensemble mais nous aurions dû probablement prendre ce virage et élargir nos compétences il y a plusieurs décennies. Aujourd’hui, les FDC ont une politique environnementale de plus en plus développée dans le cadre de la gestion de sites naturels ou de leur politique plus générale en faveur des milieux.
Recueillir des données par le baguage sur l’avifaune contribue à alimenter et enrichir nos connaissances. Lorsque l’on constate que des espèces protégées auparavant communes sont en forte diminution, on voit bien que les problèmes sont d’ordres environnementaux. Mesurer les effets de gestion des milieux peut être particulièrement intéressant. C’est une compétence complémentaire pour une structure comme la nôtre qui peut, avec notre Service Environnement, être utile pour nous ouvrir d’autres programmes de baguages en lien avec nos actions ou pour répondre à différentes études liées aux milieux. Les pistes ne manquent pas dans le cadre de notre stratégie environnementale et en rapport avec notre nouveau SDGC, les difficultés seront de se dégager suffisamment de temps.

Enfin, n’oublions pas que l’avenir de la chasse pour la plupart de nos espèces gibiers passera par une amélioration de nos connaissances à l’heure de la gestion adaptative des oiseaux migrateurs.

La rédaction : Depuis que vous détenez votre autorisation de capture d’oiseaux pour baguage à des fins scientifiques, avez-vous mis en place des suivis particuliers ? Si oui, pouvez-vous nous expliquer en quoi cela consiste ?

PB : Les activités de baguage sont cadrées par un Programme National de Recherches sur les Oiseaux (PNRO) regroupant 3 axes. Le premier concerne la démographie des populations locales, le second la migration et la dispersion et le troisième regroupe les programmes personnels dont font partie, entre autre, les programmes de l’ONCFS. En ce qui me concerne, dès que j’en ai la possibilité, j’essaie de réaliser des sessions de baguage sur les espèces gibiers, je participe également à quelques programmes, à titre personnel, chez moi ou dans ma commune.
Sinon, le premier programme que j’ai pour l’instant mis en place dès 2017, est le STOC-capture pour suivre la dynamique des populations d’oiseaux communs dans les boisements autour du siège social de la FDC85. Ce protocole très standardisé permet d’évaluer les populations nicheuses et de caractériser globalement le fonctionnement d’un ensemble d’espèces d’oiseaux en période de reproduction. Les filets sont disposés sur l’ensemble de la zone étudiée avec 5 sessions de captures réparties sur la période de reproduction. Sur les 2 premières années étudiées, nous avons réalisé 731 captures parmi 24 espèces. L’ensemble des individus sont examinés en relevant des données biométriques dont le sexe, l’âge, le poids…
Le second programme mis en place, toujours sur le même site, est axé sur la phénologie de la migration des grands turdidés (Grives et Merle). Il est réalisé une fois par semaine de septembre à novembre et a permis la réalisation de plus de 2400 captures d’une quarantaine d’espèces. On voit bien que les espèces capturées ont un rapport étroit avec la ressource alimentaire du site ce qui met en évidence l’importance de la qualité des lieux pour les haltes migratoires.

La rédaction : Selon vous, de quelle manière pourrions-nous mieux valoriser les aménagements réalisés par les chasseurs à travers le baguage d’espèces de passereaux par exemple ?

PB : Les chasseurs et leurs structures réalisent régulièrement des aménagements localisés comme par exemple des plantations de haies ou des boisements et sont par ailleurs gestionnaires de sites. Documenter par le baguage, la réponse des populations d’oiseaux aux aménagements ou à la gestion de site ne peut être que bénéfique dans une démarche de connaissances et d’amélioration de la gestion.
Par exemple, le site suivi autour de notre siège social est composé d’anciens terrains agricoles boisés, ce qui correspond aux terrains où nous réalisons nos plantations dans le cadre de notre politique de boisement dans le département depuis près de 20 ans. Pouvoir quantifier la fréquentation de l’avifaune dans ce type d’aménagement me paraît essentiel pour affiner nos connaissances et valoriser nos aménagements.
Dans le même ordre d’idées, avoir la capacité aujourd’hui de suivre les populations d’oiseaux communs en lien avec la gestion d’un site ne peut être qu’un atout pour notre structure et le monde de la chasse, à nous d’exploiter au mieux les opportunités actuelles ou à venir.

La rédaction : Si vous deviez remercier une personne en particulier, voire plusieurs, qui seraient les heureux élus et qu’auriez-vous envie de leur dire ?

PB : Je remercierai en premier lieu mon épouse et ma famille qui est encore aujourd’hui très patiente par rapport à mes absences liées à cette activité. Je tiens à remercier, en particulier, le Président de la FDC85, Monsieur DOUILLARD, pour son soutien d’une manière générale et pour m’avoir permis de réaliser 4 semaines de stage dans le cadre professionnel.
Je pense aussi à toutes les personnes qui m’ont formé et que j’ai pu côtoyer pendant toutes ces journées de formation. Je n’ai rencontré que des gens passionnés et quand des passionnés se rencontrent c’est forcément… passionnant et enrichissant d’un point de vue humain.
Je tiens aussi à remercier l’ensemble de mes collègues pour qui j’ai peut-être été un peu moins disponible. En retour, j’essaie aujourd’hui de partager avec eux un maximum de choses. Enrichir mutuellement nos connaissances avec mes collègues du Service Technique et du Service Environnement est également une belle source de satisfaction.

La rédaction : Nous vous laissons le mot de la fin. Merci encore pour votre contribution.

PB : Les compétences des professionnels du monde de la chasse doivent aujourd’hui sans cesse évoluer et s’ouvrir constamment vers les problématiques environnementales au sens large et ceci sans délaisser pour autant notre cœur de métier.

Je suis convaincu que l’avenir dépendra de l’amélioration de nos connaissances en particulier pour les oiseaux migrateurs. On le voit pour la gestion adaptative qui se met en place sur certaines espèces, le baguage des oiseaux et le développement de programme d’études pourront y contribuer avec comme toile de fond la gestion des milieux.